« Je n’y arrive plus. » Cette phrase surgit régulièrement dans la bouche de celles et ceux qui s’engagent dans l’économie sociale et solidaire. Elle révèle un épuisement face aux exigences contradictoires : manque de moyens, surcharge de travail, accélération des rythmes, injonctions à la performance individuelle dans des métiers qui ne peuvent s’exercer que collectivement.
Pourtant, il y a quelque chose qui résiste. Dans nos expériences quotidiennes, ce qui transforme vraiment les situations surgit souvent là où nous ne l’attendions pas. Ces moments où nous découvrons que nos représentations de l’efficacité sont bousculées par la réalité de ce que nous vivons. Cette tension entre ce que nous pensons savoir de nos pratiques, de nos qualités, de nos compétences et ce qui se révèle dans l’action.
Et si cette difficulté à nommer ce qui compte vraiment cachait quelque chose d’important ? Et si ce que nous prenons parfois pour des fragilités – notre sensibilité aux situations, notre capacité à être touchés par les rencontres – constituait précisément ce qui rend nos actions possibles ?
À partir d’expériences recueillies sur le terrain wallon et bruxellois, ce livret explore comment notre vulnérabilité partagée, notre interdépendance constitutive et notre sensibilité révèlent notre condition humaine – intime et politique. Comment ces dimensions, loin d’être des obstacles à surmonter, pourraient devenir le point de départ d’une puissance collective qui ne reproduirait pas les logiques de domination.
Cette exploration assume ses contradictions et ses limites. Elle ne propose pas de méthode mais accompagne les questions qui traversent nos pratiques, cherchant à donner des mots à ce qui s’invente dans l’ordinaire de nos engagements.